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Être carme séculier ?

Être carme séculier ou l’intériorité au service du monde

« Sous l’arbre de la Croix, Je t’ai donné la Vie ! » (Cantique Spirituel) Cette parole, que Jean de la Croix met dans la bouche de Jésus, s’adresse à chaque chrétien, mais aussi à chaque homme sur terre, devenu ainsi enfant de Dieu. Que pouvons-nous faire en retour,
sinon nous abîmer dans la contemplation de l’Amour incarné ! Cette vie
reçue, cette eau vive qui devient source jaillissante dans le coeur qui s’ouvre à Dieu, ne les gardons pas pour nous ! Mais par l’humble quotidien de notre vie, soyons les témoins de l’Amour divin qui nous habite.

Être carme séculier, c’est vivre d’amour dans le monde  : Vatican II nous précise que cette vie d’intime union avec le Christ dans l’Église, nourrie par l’Eucharistie, les sacrements, l’exemple des saints du Carmel, permet aux laïcs de remplir leurs obligations dans le monde. Ils s’efforcent de surmonter les difficultés inévitables avec prudence et patience, puisant le courage dans l’espérance. Ni le soin de leur
famille ni les affaires temporelles ne doivent être étrangers à leur spiritualité : « Tout ce que vous faites, en paroles ou en actes, faites-le au Nom du Seigneur Jésus-Christ, rendant grâces par Lui à Dieu le Père » (Col 3,17). Seules la lumière de la foi et la méditation de la Parole de Dieu peuvent permettre toujours, partout et en tous, de reconnaître Dieu. C’est une grande grâce à demander.

Être carme séculier, c’est témoigner de sa foi. Ainsi, avec la grâce du Seigneur, pouvoir être une interrogation, peut-être une petite lumière, pour tant d’hommes et de femmes éloignés de Dieu : Témoigner en paroles : c’est, par l’écoute vraie, la douceur, la patience, la tolérance, la valorisation des qualités et des vertus des autres, la compassion,… donner à Jésus « comme une humanité de surcroît », selon les mots d’Élisabeth de la Trinité. Témoigner en actes, c’est parfois
devoir choisir d’affirmer son désir d’aller à la messe quand les autres n’y vont pas ; c’est faire une démarche de pardon, pour que la paix ne soit pas altérée : « Si ton frère a quelque chose contre toi … » ; c’est visiter, téléphoner, écrire pour réconforter, compatir ou se réjouir,… et tout ce qu’inspire la charité qui règne dans un coeur pour s’épanouir simplement en un sourire : ce sourire, signe de sérénité et de paix, possède un grand pouvoir : il désarme, il apaise ; il peut être rendu – et c’est alors un grand bienfait pour celui qui répond. Ainsi grandit humblement, secrètement, le royaume de l’amour fraternel. « Je vous laisse ma paix » dit Jésus, pour que nous la partagions. Sourire, c’est aussi sourire au Dieu-Trinité qui habite le coeur de l’autre ; c’est comme une action de grâce silencieuse, un code d’amour secret.

Être carme séculier, c’est marcher main dans la main avec Marie , dont on se plaît à dire qu’elle est le sourire du Père. Marie, Reine du Carmel, mais aussi notre tendre Mère et notre Soeur attentive – les premiers carmes ne s’appelaient-ils pas eux-mêmes « frères ermites de Notre Dame du Mont Carmel » ? – Elle aussi menait sur terre une vie ordinaire, semblable à la nôtre, mais toujours intimement
unie à son Fils, coopérant ainsi à l’oeuvre du Sauveur. Être carme séculier, c’est partager peu à peu avec Marie sa profonde union avec Jésus.

Être carme séculier, c’est rester dans l’espérance au milieu de ce monde de violence qui a perdu ses repères. C’est ne pas faire chorus avec les pessimistes ni accentuer davantage l’état morbide de notre société, mais se souvenir sans cesse des paroles de Jésus : « Je suis vainqueur du monde ! ».

Être carme séculier, c’est préférer, à ce monde de surinformation et de bruit, le silence qui recrée et ouvre le coeur à Dieu , et là, se perdre de vue en Lui. Élie n’a pas trouvé le Seigneur dans le bruit, mais « dans le silence d’une brise légère ». Notre soeur Élisabeth de la Trinité a vécu dans le monde 21 ans, et seulement 5 ans et 3 mois au Carmel. C’est bien dans le monde que Jésus a préparé son âme à cet enfouissement fulgurant au coeur des Trois. Elle est pour nous un exemple, vivante réponse du Père à la prière de Jésus : « Père, je ne te prie pas de les enlever du monde, mais de les préserver du Mauvais ».
Voici une pensée d’Élisabeth à sa soeur Guite, mère de famille, pensée qui nous est adressée à nous aussi, laïcs : « À travers tout […] tu peux te retirer en cette solitude pour te livrer à l’Esprit-Saint, afin qu’Il te transforme en Dieu, qu’Il imprime en ton âme l’image de la Beauté Divine, afin que le Père en se penchant sur toi, ne voie plus que son Christ et qu’Il puisse dire : celle-ci est ma fille bien-aimée, en qui j’ai mis toutes mes complaisances. »

C’est cette assurance d’être fils et filles bien-aimés du Père qui fait du carme séculier d’aujourd’hui une présence vivante et agissante en ce monde : pour qu’y advienne la gloire du Dieu qui vient vivre en société avec chacun de nous et l’ensemble de la famille humaine.

Marie Marchesnay ocds – Nantes

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