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Homélie Pâques 2019

P. Marie-Dominique

Frères et Soeurs,

La liturgie de Pâques nous permet de méditer trois aspects de cet événement unique survenu dans l’histoire, la Résurrection. L’évangile (Jn 20,1-9) nous présente le récit des faits, l’épître (Col 3,1-4) nous en dit les conséquences pour nos vies, le premier texte (Ac 10,34-43) nous montre la fidélité apostolique qui jaillit de l’expérience des témoins et qui rayonne dans la vie des premiers croyants.
1- Le récit qui nous est proposé est celui de Jean. Pas plus chez Jean que chez les autres évangélistes, nous ne trouvons le récit de l’acte même de la résurrection. Le moment où Jésus s’éveille de la mort et sort du tombeau échappera toujours au constat de notre curiosité. Il n’y aura jamais d’autre récit de la résurrection que le témoignage de ceux qui ont rencontré Jésus vivant. Déjà ceci est d’un grand enseignement pour nous. La résurrection ne s’adresse pas à nos curiosités intellectuelles. Ces curiosités sont inutiles. On peut même dire qu’elles sont pernicieuses. Elles voudraient, en effet, faire reposer la foi sur des démonstrations à notre portée, sur des preuves que nous pourrions maîtriser. Ce désir en nous, qui devient si facilement une exigence aux heures de doute, n’est rien d’autre que la négation même de l’acte de foi qui est toute entière confiance en la parole de quelqu’un.
Jean place comme premier témoin Marie-Madeleine. Nous pouvons nous réjouir que le premier témoin soit une femme. Mais le plus intéressant en ceci est certainement l’identité de cette femme. Il s’agit ici de la pécheresse que l’amitié de Jésus arrache à sa vie déboussolée. Déjà se dessine un des axes essentiels de la relation au Seigneur. Nous ne pouvons aller vers lui qu’à partir de nos péchés puisque c’est du péché que sa venue veut nous libérer. Déjà nous avons vu Jésus choisir Pierre comme pasteur des pasteurs de son peuple. Or Pierre est le disciple du plus grand péché, celui du reniement. Pourquoi ce choix ? Mais parce que les apôtres n’ont pas d’autre mission que d’annoncer la miséricorde, le pardon de Dieu. Qui saura le mieux confirmer ses frères dans cette mission sinon celui qui aura fait l’expérience du plus grand éloignement ? A cause de cela, il aura fait l’expérience du plus grand retour. Au lieu de nous morfondre dans le remords de nos péchés, que le Ressuscité nous apprenne la contrition qui n’est rien d’autre que l’immense joie d’être libéré et sauvé.
2- C’est ce que nous disent les quelques lignes de la lettre de saint Paul aux Colossiens. Nous sommes ressuscités avec le Christ. Nous sommes arrachés à la mort et au péché. Il nous est rappelé que notre vie change d’axe. Au lieu d’être orientée vers le bas, vers la recherche de nous-mêmes, elle est désormais orientée vers le haut, vers Dieu. La résurrection du Christ nous révèle que la fin de la vie humaine n’est pas la mort. S’il en était ainsi, on pourrait comprendre que notre désir de bonheur oriente sa recherche vers les seules réalités de la terre. Aujourd’hui nous apprenons que notre destinée est infiniment plus vaste que la petite parenthèse qui va de notre naissance à notre mort terrestre. C’est la terre entière qui change de visage. Elle n’est plus notre but. Elle devient un moyen. Moyen indispensable, moyen estimable, mais moyen. Prendre pour fin absolue quelque chose de la terre équivaut désormais à nier Dieu, à entrer dans l’idolâtrie.
3- A lire les Actes des apôtres, cette vie nouvelle, consciente de son éternité à cause de la rencontre du Ressuscité , comporte une caractéristique que n’avait jamais eue la foi juive. Alors que celle-ci était caractérisée par le choix divin d’un peuple particulier comme élu par Dieu pour porter en lui, au nom de l’humanité, l’espérance du Messie, la foi chrétienne fait éclater ce particularisme. Le chrétien découvre que le Messie annonce une nouveauté destinée, dès aujourd’hui, à tous les hommes puisqu’elle révèle, purement et simplement, la nature profonde de l’homme et sa destinée surnaturelle. Comment taire cela ? Comment ne pas vouloir que tout homme puisse entendre cette révélation ? On peut même dire que la foi chrétienne n’a qu’une seule vocation, annoncer au monde entier ce qui vient d’être montré à quelques-uns.
Ainsi, dès cette liturgie de Pâques, nous comprenons combien l’Église est missionnaire. Nous l’avons vu lundi dernier 15 avril à Paris lors du terrible incendie ravageant la cathédrale Notre-Dame, coeur même de la foi de la France.
Cette cathédrale qui a accueilli tant de gueux, tant de preux... ,
cette cathédrale qui a vu nos rois, nos empereurs, nos présidents et aussi nos grands hommes…,
cette cathédrale où les voix de Bossuet et du Père Lacordaire ont résonné d’un éclat sans pareil…,
cette cathédrale de la conversion de Paul Claudel...et de tant d’autres pèlerins…,
cette cathédrale où ont retenti le Magnificat de la libération de Paris par la 2ème D.B le 26 août 1944 et le Te Deum de la Victoire le 17 novembre 1918…,
cette cathédrale où se sont déroulés les services solennels pour nos présidents, les obsèques nationales de nos maréchaux…,
cette cathédrale qui a accueilli Alexis II, patriarche de Moscou et le Président de Russie venus vénérer la couronne d’épines…sauvée des flammes...
Notre-Dame enflammée..., Notre-Dame éventrée..., Notre-Dame dévastée…mais pourtant bien sauvée... ;
en ce lundi soir du drame où nous avons entendu dans les crépitements l’âme de la France qui suffoque...jusque tard dans la nuit, ils ont chanté et prié tout ce peuple de France sur le pont de la Tournelle d’où l’on apercevait les gigantesques gerbes jaillissant des lances à eau et les rougeoiements saisissants et toujours renaissants des flammes de la tourmente…
Alors même que la foi se consume et que l’Église succombe sous le poids des scandales...ils n’ont pas voulu laisser le dernier mot à la rage destructrice de l’incendie mais proclamer malgré tout la force de l’espérance : « Le Seigneur est ma lumière et mon salut, de qui aurai-je crainte ? Le Seigneur est le rempart de ma vie, devant qui tremblerai-je ? »...leurs chants disaient la confiance, la lumière de Dieu, le feu même, pas celui qui consume mais celui qui brûle d’un amour plus fort que la mort.
« La plus haute forme de l’espérance est le désespoir surmonté » écrivait Bernanos.
C’est en pensant à eux et à tous ceux qui ont prié sous les voûtes de Notre-Dame lors des grands événements heureux ou douloureux de notre histoire que nous allons faire silence en écoutant notre orgue…
Que les grands exemples de ceux qui ne désespèrent pas de croire nous aident à chanter notre foi en la résurrection de Jésus, lui qui est le chemin, la Vérité, la Vie !
« Ce n’est pas à la croix que se termine le chemin de croix, pas à la mort sur la croix, ni à l’ensevelissement dans le sépulcre. Pas même à la Résurrection, dans le jardin, en ce moment plein d’aurore de la Pâque.Mais à l’Ascension du Christ : premier corps glorieux, prophète et roi du Règne, il ouvre le royaume où la vie humaine divinisée entre dans la gloire. La face levée, les fidèles le regardent qui s’élève au-dessus de ce monde, triomphant et de la pesanteur et de la mort. Car le poids et la chute, la peine et l’anéantissement, ne sont pas la vérité : la vérité , c’est la montée et c’est la joie dans la lumière. »(Henri Pourrat)
La croix d’or esseulée illumine désormais la nef dévastée de Notre-Dame de Paris.
« Contemplons celle qui est infiniment touchante car elle est infiniment touchée »(Charles Péguy).
Tout l’univers va à cette victoire de la Résurrection qui passe l’espérance...
Cette victoire, la croix d’or de Notre-Dame purifiée par le feu n’en est que le signe ...et ce signe a brillé et brille désormais plus fort encore par les flammes !
Amen.

fr.Marie-Dominique Balmelle ocd Montpellier -dimanche de Pâques 21.04.2019