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Décès du Fr. Pierre de la Présentation

Frère Pierre de la Présentation ocd
(Raoul BARTOULOUMÉ)
né le 8 juin 1924
rappelé à Dieu le 28 décembre 2018
Raoul (et c’est bien là son prénom officiel et usuel) est né à Saint-Pierre d’Aurillac (Gironde) le 8 juin 1924. Il est baptisé le 8 juillet en cette même paroisse qui était celle de sa famille maternelle. Ses parents (Laurent BARTOULOUME 1897-1965 et Suzanne LAURIOL 1896-1939) sont issus de milieux très modestes. Le couple, marié en 1920, s’était installé à Langon, commune du père. C’est là que Raoul a grandi et fréquenté l’école laïque de la maternelle à l’année du certificat d’études (1938). Il restera fidèle à Langon jusqu’à son entrée au noviciat en 1978. Langon est une petite ville industrieuse baignée par la Garonne. C’est aussi la patrie de Saint Louis Beaulieu, martyrisé en Corée en 1866 à l’âge de 25 ans. Frère Pierre lui vouait une grande dévotion. On rapporte qu’il possédait une horloge provenant de la maison familiale du martyr. La relique fut cédée au couvent du Broussey où elle égrène toujours les heures du martyre d’amour dans la fidélité aux actes réguliers. Les Bartouloumé ont un autre fils, Pierre-Roland, né trois années avant Raoul. Il mourra en 1971.
La maman meurt en 1939. Raoul est adopté par sa tante Jeanne-Lucie BARTOULOUME (1882-1973) et sa cousine Marie-Thérèse TRIAT (1879-1970). Il leur doit beaucoup et saura bien le leur rendre puisqu’il s’occupera d’elles jusqu’à leur mort et n’entrera en religion qu’après.
En 1931 (ou 1932), une mastoïdite puis la typhoïde contraignent Raoul à séjourner à l’Hôpital des Enfants de Bordeaux. Toute sa vie, il traînera de gros problèmes de santé invalidants mais cela ne l’empêche pas de travailler dur, et même très dur. Il est employé dans une usine à bois de Langon (1939-1941) puis devient ouvrier agricole chez ses grands-parents maternels de Saint-Pierre d’Aurillac, en « zone libre » précisent les papiers de notre frère (1941-1943).
De 1943 à 1977, il est employé à la « Tonnellerie mécanique » de Langon, avec deux parenthèses : du 13 mars 1944 au 21 mai 1945, il est envoyé au STO « en pays ennemi », disait-il, dans la ville de Brême, au Nord-Ouest de l’Allemagne ; puis, pendant trois mois durant l’année 1959, il est manœuvre dans l’entretien des routes. Mais la tonnellerie est une bonne maison et il y revient toujours. Il mène une vie de célibataire organisé et industrieux avec ses deux tantes. Une occupation le détend : fidèle à une logique hydraulique, il confectionne de superbes maquettes de paquebots ou de navires marchands qu’il fait évoluer dans des bassins, comme un enfant. Ou bien, s’armant de patience, il en emprisonne dans des bouteilles. Muni de longues pinces et de tubes de colle ce « marin au long cours » de la vie réalise de petites merveilles de dextérité, passant sobrement du tonneau à la bouteille et de la bouteille au tonneau. En 1977, il quitte la tonnellerie pour travailler sept mois comme manœuvre dans une ferronnerie d’art à Saint-Macaire (33). Malheureusement, un grave accident de travail en mai 1977 précipite la fin de sa carrière professionnelle. Sa main gauche passe dans une tondeuse à gazon. Tante Jeanne est morte depuis quatre ans. Il est encore temps de répondre à l’appel de Dieu. Orienté par les Pères Maristes de Verdelais, il se met à fréquenter le Broussey, décide d’entrer chez les Carmes puis franchit le seuil du Broussey le 28 février 1979. Un an plus tard, le 2 février 1980, il y reçoit l’Habit de Notre-Dame et effectue son noviciat jusqu’à sa première profession le 2 février 1981. Bien des années après, le Père Joseph faisait remarquer qu’il avait accueilli très peu de vocations pendant les rudes années de son provincialat (1975-1981) mais il s’empressait d’ajouter qu’il avait tout de même eu la chance de donner l’Habit à deux novices exceptionnels, tous deux quinquagénaires : le Père Jean de la Visitation et le Frère Pierre.
Le reste de la vie religieuse du Frère Pierre de la Présentation va se passer au couvent de Montpellier où il conquiert tout le monde par sa gentillesse et les nombreux services rendus à la cuisine, aux côtés des sœurs de la Pommeraye, ou auprès des frères âgés. Il est la patience personnifiée, surtout avec Frère Marie-Bernard, son grand compagnon. Il verra défiler beaucoup de vocations. Une fois passés au couvent d’études de Toulouse, les jeunes frères attendent fébrilement chaque année l’envoi de sa célèbre circulaire de Noël où, dans un style poétique inénarrable, les hélicoptères se posent près de la grotte de Bethléem tandis qu’une foule de pèlerins inattendus vient se joindre à l’adoration des bergers.
Progressivement, les misères physiques s’abattent sur notre frère mais il ne se néglige pas et reste fidèle aux offices, jusqu’à ses dernières semaines. Il aime étudier, lit attentivement tous les numéros du Monde de la Bible (qu’il photocopie et annote), fait des recherches, avale vie de saint sur vie de saint. Tous les ans, lorsque la chaleur s’abat sur Montpellier, il se joint aux frères âgés du « couvent d’été » du carmel du Puy. Il y fait bon et l’hospitalité des sœurs rend une nouvelle jeunesse aux « anciens » : Frère Pierre, les Pères Lucien, Dominique, puis plus tard, Joseph coulent des jours heureux entre les promenades sur le « plateau » et les excursions culturelles en Haute-Loire. A partir de 2010 environ, Frère Pierre réduit ses activités et garde la cellule, descendant seulement pour les repas et la Messe du soir où il salue ses nombreux amis en leur faisant des petits signes de la main très silencieux. Le geste est répété chaque dimanche, à la sortie du repas de midi, lorsqu’un novice le remonte dans sa cellule sur son fauteuil roulant.
Ces dernières années ont été rudes pour sa santé mais la généreuse disponibilité des frères, spécialement des jeunes en formation, lui a permis de tenir le coup et de ne pas se laisser abattre…jusqu’à ces derniers jours où, dans la lumière de Noël, les Saints Innocents sont venus le chercher, pour l’introduire parmi eux, celui qui avait su conserver une âme d’enfant.

RIP

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