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Homélie du 8 juillet 2018

P. Marie-Dominiquee

Frères et Sœurs,
Dans l’évangile de ce jour, l’humanité du Christ est bien soulignée. « Quelle est cette sagesse qui lui a été donnée ? » Et pourtant dans ce monde où nous vivons c’est plutôt sa divinité qui est mise en cause ! Qu’en est-il de notre foi ?
Dans le drame célèbre du grand poète Goethe, mis en musique par Charles Gounod, né il y a 200 ans, Méphisto se présente ainsi : « Je suis l’esprit qui nie tout ! » Or, en écoutant les conseils de Méphisto, l’infortuné Docteur Faust va de malheur en malheur jusqu’à la damnation finale ! Le suivrons-nous à notre tour en disant avec Nietzsche « Rien ne vaut rien,
Il ne se passe rien
Et cependant tout arrive »
Ou bien irons-nous jusqu’à nous ressaisir ? Puisse donc s’affirmer notre foi, plus que jamais nécessaire ! la foi saint Paul la professe dans la seconde lecture de ce jour et :
« Son exemple vivant a bien plus de pouvoir
Un homme dans un livre apprend mal son devoir » (Corneille)
Oui, saint Paul nous invite à redire avec le Concile de Chalcédoine « Jésus vrai Dieu et vrai homme ».
Oui, dans la seconde lecture, saint Paul nous fait part d’une confidence exceptionnelle. Sans nous dire de quoi il s’agit, il nous apprend qu’il porte dans sa vie une épreuve suffisamment pénible pour qu’il ait supplié le Seigneur de l’en délivrer. Pour toute réponse, il a reçu du Seigneur cette affirmation laconique : « Ma grâce te suffit ». Il nous raconte alors comment il a intégré cette difficulté dans sa vie. Sa confidence est d’un grand enseignement pour notre vie personnelle ou de communauté, pour notre vie d’’Eglise.
1- Paul nous dit qu’il a reçu une extraordinaire révélation ! Rappelons- nous ce jeune homme fringuant, frais émoulu des plus grandes écoles de théologie, prêt à entamer une carrière dans la hiérarchie de son peuple. Tout son zèle, il le met à persécuter les disciples de ce faux prophète qui vient d’être crucifié. Il le fait sincèrement et de toute sa foi. Soudain, alors qu’il se rend à Damas pour arrêter des chrétiens, il est terrassé et tombe de cheval. Jésus lui apparaît et lui dit : « Saul, Saul pourquoi me persécutes-tu ? Cette révélation lui donne, d’un coup, toute une expérience de Jésus qui permettra à l’Eglise naissante de reconnaître en lui un Apôtre. On l’appellera même « l’Apôtre ».
Le grand risque spirituel pour lui est alors de s’enorgueillir de ce choix du Christ, de cette faveur extraordinaire qui lui est faite. Lorsqu’il découvre que demeure, dans sa vie, la difficulté mystérieuse dont il nous parle, il en vient peu à peu à comprendre que cette présence de Satan Dieu la permet : « J’ai dans ma chair une écharde, un envoyé de Satan qui est là pour me gifler, pour m’éviter tout orgueil. »
2- Dans nos propres vies, qu’il s’agisse de notre vie individuelle ou de nos vies de couples ou de communautés, nous rencontrons, nous aussi, des difficultés. Nous supportons mal quelque écharde alors que nous voudrions marcher allégrement sur les chemins de la foi et de l’amour conjugal ou fraternel. Ces difficultés nous agacent, nous énervent, parfois elles nous désespèrent. Nous les trouvons tellement contradictoires avec le projet de vie qui est le nôtre, avec les engagements que nous avons pris ! il peut nous arriver de douter alors de la valeur de nos choix d’antan. Parfois il nous arrive même de douter de la bonté de Dieu, voire de son existence. Relisons donc le texte de saint Paul.
Ce qui guette le croyant, c’est le piège dans lequel sont tombés nombre de croyants sincères du temps du Christ, qui en vinrent à condamner Jésus au nom de leur foi, au nom de leur perfection spirituelle. Ils finirent par prendre leur propre perfection pour une loi qui devait s’imposer à Dieu même. Ils se sont pris eux-mêmes comme portraits robots auquel l’envoyé de Dieu devait ressembler s’il voulait être pris au sérieux ! Orgueil au second degré qui, en définitive, place l’homme croyant à la place de Dieu, puisque c’est bien sa propre façon de comprendre la loi qui veut s’imposer à Dieu même, l’auteur de cette Loi !
A notre tour, nous risquons de penser que notre perfection devient modèle universel !
3- Eh bien ! non ! Nous ne sommes pas différents des autres. S’il est vrai que Dieu nous a fait l’immense grâce de la foi, de la vocation religieuse ou sacerdotale, du sacrement de mariage, il n’en demeure pas moins que ces grâces sont des dons de Dieu. Elles ne sont en rien dues à nos mérites. Nous demeurons des hommes et des femmes semblables à tous. Nous demeurons fragiles devant la tentation. En effet, nos fragilités mêmes nous conduisent à ne pas oublier la source des révélations extraordinaires que nous avons reçues. La seule force de Dieu doit toujours être reconnue comme source de notre grandeur.
Bien sûr, nous cherchons à dépasser tout ce que nous pouvons dépasser mais il demeurera toujours un déficit insurmontable. Au lieu de nous en désespérer, profitons-en pour reconnaître notre faiblesse car sans elle, on nous attribuerait à nous-mêmes ce qui revient à Dieu. Bienheureuses faiblesses jusque dans notre Eglise, qui révèlent la grandeur de Dieu !
Désormais les pauvres que nous sommes sont enrichis des trésors de sa grâce. Par conséquent, songeons surtout à rendre bon compte de tout ce que Dieu nous a confié. Un fleuve, pour faire du bien, n’a que faire de passer ses bords ni d’inonder la campagne ; en coulant paisiblement dans son lit, il ne laisse pas d’arroser la terre et de présenter ses eaux aux peuples pour la commodité publique. Ainsi, tâchons de nous étendre bien loin par des sentiments de bonté et une charité infinie. Et si nous aimons l’éternité, cherchons là d’abord en elle-même. Comme le dit Jacques –Bénigne Bossuet :
« Ô éternité, tu n’es qu’en Dieu,
Tu es Dieu même »
C’est là que nous voulons chercher notre appui, notre établissement, notre fortune, notre repos assuré, et en cette vie et en l’autre.
« Wir glauben an einen Gott »(Jean-Sébastien Bach) Oui, nous croyons en Dieu.
Amen