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Homélie du 1er avril 2018

P. Aurélien-Marie

Chers frères et sœurs,
J’ai mis du temps à comprendre la raison du sport, et plus particulièrement du footing, du dimanche matin… C’est en méditant l’évangile de ce jour de Pâques que j’ai compris : Marie Madeleine, Pierre et le disciple que Jésus aimait, en courant en tous sens, sont à l’origine du jogging du dimanche matin. Voire même, à l’origine de la course de relais, car Marie Madeleine pars du tombeau en courant, passe la nouvelle aux disciples qui alors courent aux tombeaux !! Certes il faudra améliorer les choses car les deux disciples courent en même temps… mais il y a encore du temps avant d’arriver jusqu’à nos jeux olympiques modernes…

La différence entre la course des disciples et celle du dimanche matin, c’est que nos trois personnes de l’évangile ne courent pas pour être en forme physique. C’est autre chose qui les fait courir. Et étonnamment chacun vit une réalité différente à travers leur jogging respectif.
- Marie Madeleine va au tombeau en marchant, elle constate que la pierre a été enlevé du tombeau ; alors elle court annoncer « Le Seigneur a été enlevé ». Elle ne dit pas « Il est ressuscité »… Elle constate un fait, mais ce fait ne l’amène pas immédiatement à croire… Le vide du tombeau rompt l’équilibre auquel elle s’attendait mais pas plus. Voir un signe ne fait donc pas croire ; un signe ne suscite pas nécessairement la foi. Cette dernière part des signes visibles mais va plus loin.
Et c’est là que nos deux disciples sont à regarder.
- Pierre d’abord court au tombeau, voit les linges que décrit précisément l’évangéliste, et… on n’en sait pas plus… Etonnement, on a l’impression que Pierre n’entre pas dans un regard de foi… peut être est-il reparti méditatif, cherchant, se demandant ce qui s’est passé…
- L’autre disciple, celui que Jésus aimait, lui aussi court au tombeau, voit les mêmes linges et… il croit. Il part des mêmes signes que Pierre mais il va plus loin, il voit plus loin. Les linges sont pour lui le signe d’un ordre nouveau, il y voit le signe d’une réalité nouvelle invisible et ainsi il entre dans le monde de la foi.

Pourquoi, comment peut-il faire ce passage d’un signe visible à la foi en un ordre nouveau ?
Il me semble que c’est d’abord son qualificatif qui nous l’indique : « le disciple que Jésus aimait » (et non « le disciple qui aimait Jésus »). C’est bien Jésus qui en premier l’aime et parce qu’il a reconnu cet amour du Christ pour lui, il peut alors à son tour aimer Jésus. Et c’est précisément cet amour qui lui permet de basculer, de faire le saut dans la foi. C’est toujours l’initiative de Jésus ressuscité qui nous permet de croire. C’est ce que vivra Marie Madeleine quelques instants plus tard, quand elle reviendra en pleurant au tombeau. C’est Jésus qui, en l’appelant, va lui faire saisir qu’Il est bien ressuscité. C’est aussi ce que vit notre disciple : parce qu’il est éclairé par Jésus, il peut croire. Le fait de croire est cette action de l’Esprit Saint, l’Esprit de Jésus ressuscité qui fait reconnaître dans un événement, dans un rencontre, dans une parole une révélation. Sur l’initiative de Jésus, nous comprenons qu’Il est bien présent, ressuscité, en tel ou tel lieu de notre vie.
Mais vous me direz alors que finalement, nous n’y sommes pour rien, il y a juste à attendre cela de Dieu… Alors patientons et tant pis pour ceux qui ne reçoivent rien… Ils peuvent continuer à faire leur jogging le dimanche matin simplement pour être en forme…
Non, pour deux raisons : D’abord car il y a un engagement personnel : l’amour de Jésus attends un adhésion de ma part, adhésion qui me permet de voir la présence du Ressuscité dans ma vie. Il s’agit d’ouvrir mon cœur, d’accepter, de chercher dans ma vie, la présence du Ressuscité. Donc accepter de me pencher sur ma vie et en chercher le sens à la lumière de la résurrection…
Ensuite il y a la place centrale de l’Ecriture. Car notre évangile dit bien : « les disciples n’avaient pas vu que, d’après les Ecritures, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts ». Le disciple que Jésus aimait ne peut pas comprendre le signe du tombeau vide sans les Ecritures. La bible éclaire, donne sens à ce signe des linges, tout comme elle donne sens et éclaire nos vies. D’où l’importance de connaître la bible pour découvrir, dans notre vie, la présence du Ressuscité. Mais ce n’est pas tout car, inversement, le disciple que Jésus aimait ne peut pas comprendre certains points de l’Ecriture tant qu’il n’a pas vu le signe du tombeau vide. Le tombeau vide permet de comprendre les Ecritures. Ce sont certains points de ma vie qui me permettent de comprendre la bible. Les signes éclairent la bible et la bible éclaire les signes. Il y a une nécessaire circularité.

Pour conclure, cette course matinale du disciple que Jésus aimait va l’amener loin, très loin, peut être, pourrait-on dire, sur un marathon intérieur. Ce qui est certain c’est qu’elle l’entraîne sur un chemin de foi et d’expérience réelle du Ressuscité. Mais ne croyons pas que Marie Madeleine et Pierre ont fini leur parcours. Eux aussi vont entrer dans cette vision de foi. Vision de foi qui leur permettra de faire l’expérience du Ressuscité grâce à aux Ecritures. Ecritures qu’ils comprendront plus profondément par cette rencontre avec le Ressuscité. Ils vont faire l’expérience de cette grande espérance que tout n’est pas fini avec la mort de leur sauveur, alors qu’ils pensent que tout est fini, qu’Il a disparu. Une vie nouvelle, différente, circule dans le corps de Jésus. Et à cette vie que nous sommes tous appelés si nous voulons bien l’accueillir. Il nous faut passer par bien des morts mais c’est toujours pour une résurrection, une vie différente que Dieu permet ces petites et ces grandes morts. Alors nous aussi, en ce dimanche matin, faisons notre jogging jusqu’aux tombeaux de nos vies avec cette foi qu’une vie nouvelle peut en faire rouler les pierres.