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homélie du 4 mars 2018

P. Marie-Dominique

« Scandale pour les Juifs, folie pour les peuples païens », saint Paul, dans la seconde Lecture, nous replace, Frères et Sœurs, devant le mystère de Jésus Christ d’une manière fulgurante. Par ces quelques mots cependant il ne fait pas autre chose que raconter son expérience.
1-« Scandale pour les juifs ». Rappelons-nous l’histoire de Paul. Jeune homme fringant, esprit cultivé et âme délicate, sorti frais émoulu de ses bonnes études rabbiniques, le voici pétri d’une forte connaissance de la Loi. Avec l’enthousiasme de la jeunesse, il vibre à suivre le procès intenté à ce « faux prophète » appelé Jésus. Lorsque le Grand Prêtre demande au prévenu de dire s’il est vraiment le fils de Dieu, il frémit lui aussi à l’écoute de la réponse de Jésus : « Tu l’as dit ». Paul n’a pas vu le Grand Prêtre déchirer ses vêtements mais il a entendu dire qu’il criait au blasphème.
Outré, scandalisé, tourmenté par ce blasphème, Paul se lance alors dans la chasse aux disciples de Jésus. Ne vont- ils pas jusqu’à prétendre que le crucifié est ressuscité ? Paul se trouve aux côtés de ceux qui lapident Etienne. Jusqu’au jour où, parti vers Damas pour arrêter des chrétiens, sa course est brutalement interrompue : Jésus se révèle à lui. Des écailles lui tombent des yeux. Il se fait baptiser au nom de Jésus.
Il devient alors l’apôtre que nous connaissons. Mais il ne faudrait pas penser qu’il en oublie d’où il vient. Toute sa vie il se rappellera sa première approche de Jésus. Il se rappellera le scandale que fut pour lui, et très sincèrement, l’affirmation de Jésus devant le Grand Prêtre .L’âme juive, Paul la connaît et la comprend. Pour un juif, comment un homme pourrait-il se prétendre Dieu ? Paul a reçu la grâce de franchir ce scandale. Il n’en oublie pas pour autant ses frères d’origine tout à fait réticents et scandalisés par le mystère du Christ.
2-Au cours de ses voyages missionnaires, Paul parvient à Athènes, capitale intellectuelle de tout le monde grec. Paul se présente devant l’Aéropage…Ah !l’Aéropage…il est encore aux pieds de l’Acropole !...mais quel est son public ?...l’aristocratie intellectuelle de la Grèce, le « nec plus ultra » de la Grèce éternelle ! il peut s’y présenter car sa culture est à la hauteur, il a le niveau ! Il pratique leur langage savant. Tous l’écoutent avec intérêt mais lorsque Paul aborde la question de la Résurrection, ses auditeurs sourient : « Sur ce sujet, nous t’écouterons plus tard ».Echec cuisant, échec retentissant, mais échec marquant car Paul décidera d’une nouvelle méthode. Dans son annonce, il n’empruntera plus jamais les chemins de la sagesse humaine, de la dissertation, de la démonstration savante. Il se contentera d’annoncer Jésus et Jésus crucifié.
3- Frères et Sœurs, le Juif et le Grec sommeillent en chacun de nous ! … Comme le Juif, dans la mesure même où nous croyons en Dieu, il nous parait parfois impensable que Dieu ait pu se faire homme. Nous sommes tentés alors lorsque nous entendons dans l’Evangile que Jésus affirme sa divinité, de penser qu’il s’agit là d’une simple tournure de style. Fils de Dieu, ne le sommes-nous pas tous au sens large d’une relation d’amitié et de dépendance par rapport à lui ? Mais nous avons souvent du mal à accueillir dans tout son réalisme et sa brutalité l’authentique filiation divine de Jésus à laquelle notre foi nous demande de croire. …Que faire alors ?souhaiter que nous arrive ce qui arriva à saint Paul : un chemin de Damas. Supplions Dieu que nous soit révélée, à nous aussi, la vérité du Christ. Demandons que nous tombent des yeux ces fameuses écailles qui obstruent notre regard…Comme le Grec, et ceci est notre cas le plus fréquent, nous voudrions que nous soit donnée une démonstration, à hauteur de notre intelligence d’homme, de la vérité du mystère du Christ. Nous souhaitons comprendre avant de dire « oui ». Mais alors, qu’en est-il de notre foi ? Par la foi, Abraham accueillit la parole de Dieu, la demande de Dieu, sans attendre que la démonstration lui soit donnée du bien-fondé de cette demande. Nous craignons d’avoir à renoncer à notre raison pour entrer dans la foi. Faisons attention cependant. La rationalité humaine ne se réduit pas à la capacité de comprendre et de démontrer. Elle comporte un deuxième volet, tout aussi rationnel, et dont notre culture contemporaine risque de nous amputer, et c’est précisément la capacité de faire confiance en la parole de quelqu’un. Si la foi nous est proposée, ce n’est pas pour détruire notre raison, c’est, au contraire, pour la restaurer dans son intégrité.
Si enfin, ni le scandale du Juif ni le sourire du Grec ne nous paraissent être notre fait, réjouissons-nous. Si nous sommes assurés intérieurement dans l’affirmation du mystère de Jésus-Christ, rappelons-nous que cette lumière ne vient pas de nous. Elle est, comme elle le fut pour saint Paul, un don gratuit du Père. A nous d’en rendre grâce et de le faire fructifier
Laissons maintenant à Jacques-Bénigne Bossuet, évêque de Meaux, le soin de nous exhorter en ce troisième dimanche de Carême : « Travaillez sans relâche à vous surpasser tous les jours vous-mêmes, puisque telle est tout ensemble la grandeur et la faiblesse de l’esprit humain, que nous ne pouvons égaler par nos propres idées tant celui qui nous a formés a pris soin de marquer son infinité ». Amen