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Homélie du 16 avril 2017

P. Marie-Dominique

Frères et Soeurs,

« Haec dies quam fecit Dominus » (graduel du jour de Pâques), voici le jour que fit le Seigneur:le Christ est ressuscité. La fête de Pâques est le sommet de l’année chrétienne. Voici le moment où Jésus achève son parcours terrestre. A ce jour va commencer la véritable conversion des disciples, ils vont comprendre leur mission et devenir, à proprement parler, les piliers, les colonnes de l’Église. Pâques est notre fête à tous. Elle est le moment où prend naissance notre espérance, non plus comme une simple attente, mais comme certitude de foi que le salut du monde est déjà réalisé.
Au jour de Pâques, le Seigneur Jésus achève son parcours historique, son séjour terrestre et on peut dire dès lors que sa vie humaine se trouve revêtue de caractéristiques nouvelles qui ne ressemblent plus en rien à la vie humaine, telle que nous en avons l’expérience.C’est ce qui fait dire, parfois, que la résurrection n’est pas un miracle. Un miracle, en effet, est un événement qui transforme la vie humaine d’une personne. Une guérison par exemple ou une résurrection-réanimation comme celle de la fille de Jaïre, dans l’Evangile, transforme réellement la vie d’une personne en ce sens qu’elle fait disparaître un état malheureux dont cette personne était victime. Mais, dans le cas du miracle, le nouvel état où est placé le malade ou le mort est parfaitement saisissable, analysable, contrôlable par les témoins. Le miracle demeure constatable par la science. En ce qui concerne la résurrection du Seigneur, rien de tel. Certes, il y a un nouvel état puisque du tombeau Jésus sort vivant. Mais son nouvel état ne correspond à rien de ce dont les hommes ont l’expérience : personne ne peut donc le vérifier au sens scientifique du terme. Il n’y aura jamais de preuve expérimentale de la résurrection de Jésus. En ce sens, la résurrection de Jésus n’est comparable à aucun miracle, elle contient bien plus. Elle est la révélation d’un état entièrement nouveau de l’homme par lequel l’homme échappe à tous les conditionnements de la matière et à toute nouvelle saisie par la maladie ou par la mort. Il s’agit d’un événement aussi nouveau que fut la création première.

D’où l’importance des témoins : quelques femmes quelques hommes reçurent, de façon mystérieuse, la visite insolite du Ressuscité, aussi vivant que lorsqu’il était vivant au milieu d’eux ; il parle, il mange ; il est le même qu’avant : il porte réellement les plaies de sa passion dans ses mains, ses pieds, son côté...mais il n’est plus soumis aux lois de la matérialité du corps. Les portes fermées il entre dans la maison. Il peut se trouver en même temps ici et là et encore là-bas. Exactement comme nous pouvons le faire par l’esprit. Mais pour nous, ceci demeure imaginaire. Pour lui, cela devient réalité. Saint Pierre nous dit : voilà l’oeuvre de l’Esprit Saint. De fait, un esprit nouveau saisit Jésus. Un esprit tellement puissant que, en lui, son corps, au lieu de dominer l’esprit et de lui imprimer sa loi se trouve emporté par cet esprit et revêtu de ses caractéristiques. Ce qui, pour nous, demeure imaginaire et simple objet de désir devient, en lui, réalité. Son corps est spiritualisé.L’Esprit de Dieu a saisi Jésus jusque dans la matérialité de son corps...Esprit vivant, Esprit immortel, Esprit éternel. Toutes les caractéristiques de l’Esprit Divin deviennent prérogatives du corps même de Jésus. Cette nouveauté est insaisissable par notre expérience, par nos méthodes scientifiques, comme est insaisissable Dieu même dans son intimité.

Aujourd’hui contentons-nous d’adorer la divinisation du corps matériel de Jésus. Demandons-nous si notre foi est assez vivante pour nous permettre de croire au témoignage des Apôtres. Notre réponse à cette question est très importante pour la vérité de notre foi chrétienne. Pourquoi donc ? Parce que cette foi-là ne peut pas être le fruit de nos efforts. Comme cela fut le cas pour les Apôtres, la foi au ressuscité ne peut être qu’un don de Dieu. Mais, comme tous les dons de Dieu, il est aussi le fruit de notre conquête. Ce don, peut-être l’avons-nous déjà reçu et l’avons-nous laisser s‘étioler par notre négligence, notre manque de prière ? Si nous pensons ne pas l’avoir reçu, alors, de tout notre coeur, demandons-en la grâce.Ou plutôt, demandons de prendre conscience de ce don déjà reçu au jour de notre baptême, alors que nous ne l’aurions jamais fait émerger encore au niveau de notre conscience.
En tout cas, si la résurrection du Seigneur n’est pas une nouveauté radicale par rapport à nos expériences, alors la foi chrétienne n’a rien à dire aux hommes de vraiment neuf. Ce dont il nous faut bien prendre conscience, c’est que Jésus n’a pas donné à sa résurrection la publicité qu’avait eu sa mort. Tout le monde aurait été forcé de la croire ! Et c’est là précisément ce que Dieu ne voulait pas ! Il a voulu que nous ne fussions pas obligés de croire en sa résurrection, il n’a pas voulu que nous y fussions contraints. Son intention a été que nous y crussions mais que nous y crussions volontairement et que notre foi fut motivée et méritoire !...« et haec est victoria quae vincit mundum fides nostra » : la véritable victoire, celle qui met sous nos pieds le monde entier, c’est notre foi !Le Christ est vraiment ressuscité comme il l’avait dit « Resurrexit sicut dixit »...le Verbe a tenu parole...la Résurrection était une promesse, cette promesse a été tenue...la résurrection du Christ est la promesse tenue de tout l’Ancien testament !.., il est temps que nous y croyons, il est temps que nous en vivions !

Alors, en ce beau matin de Pâques, comment ne pas penser et ne pas faire nôtres les célèbres Acclamations carolingiennes qui étaient chantées lors des cérémonies des sacres de nos rois reprenant l’ancienne coutume franque de l’élection du Roi par sa montée sur le pavois :
« Christus vincit, Christus regnat, Christus imperat ! »

Amen