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Homélie du 25 décembre 2016

P. Marie-Dominique

« In principio erat Verbum ». Le Verbe, la deuxième personne de la Trinité, prend chair dans le sein de la Vierge Marie pour donner à ceux qui le reçoivent le pouvoir de devenir enfants de Dieu. Frères et Sœurs, la Bonne Nouvelle que nous célébrons en ce jour de Noël 2016 est que Dieu est venu habiter parmi les hommes. Cet enfant né à Bethléem, à qui Joseph a donné le nom de Jésus, est le Fils de Dieu.
Autour de nous bien de nos contemporains s’interrogent pour savoir si Noël est une fête religieuse. C’est qu’ils sont devenus amnésiques ! Ils font l a fête mais ne savent plus pourquoi. Et cette fête finit par être une caricature de fête, dans laquelle le bruit remplace le vide. Si l’on se réjouit en oubliant la cause de notre joie, alors celle-ci se change en amertume.
La Bonne Nouvelle est une lumière dans les ténèbres du monde. Ce peuple qui marchait dans la nuit, c’est Israël et, à travers lui, c’est l’humanité toute entière. « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière » (Is 9,1). Au cœur de la nuit de Bethléem, la naissance de Jésus apporte une lumière pour le monde. Dans l’Evangile, saint Jean nous le dit : « Le Verbe est la vraie lumière ».
Cet enfant emmailloté et couché dans une mangeoire est une source de lumière au cœur de la nuit. Brusquement, au fond de la misère et du désespoir des hommes, une source d’espérance a jailli : Dieu n’a pas oublié l’humanité ! Tant de gens se représentent Dieu comme un être qui veut le mal de l’homme, un être dangereux. Et ils pensent qu’il est tellement nocif qu’ils essaient de l’oublier ou de l’évacuer, de faire silence sur Lui. Mais de tout temps, Dieu se manifeste aux hommes comme un Dieu de vie. Il a donné l’existence à notre univers et est à l’origine de toute chose. Il a établi l’homme et la femme au sommet de la création pour qu’ils maitrisent ce monde et lui fassent porter son fruit. Il a envoyé des prophètes, l’un après l’autre, pour renouveler l’attachement de son Peuple qui le délaissait, comme il nous arrive de nous éloigner de Lui. Enfin, après tout cela, il a envoyé son Fils unique, qui lui est semblable en tout. Ce fils, c’est Dieu lui-même venu partager la condition des hommes pour que nous comprenions à quel point Il nous aime : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a envoyé son Fils dans le monde » (Jn 3, 16). Jésus n’est pas venu « pour condamner le monde, mais pour que le monde soit sauvé »(Jn 12,47). C’est la miséricorde et l’amour de Dieu pour l’homme qui prend chair dans cette nuit de Bethléem, et qui prend chair aujourd’hui, pour nous, en 2016, en ce jour de Noël. Nous connaissons, nous aussi, les ténèbres dans lesquelles l’humanité chemine : les famines, les maladies endémiques, les attentats de Nice et de Berlin, au centre-ville de la capita le allemande devant la Kaiser Wilhelm Gedächniskirche, l’ Eglise du souvenir de l’empereur Guillaume, les catastrophes de tous genres…Chaque jour nous apporte sa ration de malheurs…Nous savons aussi que notre société traverse aujourd’hui une crise importante, alors que l’argent, qui pouvait apparaître comme la source du salut, fait défaut. Ceux qui avaient mis leur confiance dans leur coffre-fort sont restés les mains vides. Tout ceci suscite notre inquiétude et c’est bien normal d’ailleurs. Alors beaucoup se demandent de quoi demain sera fait. Que de points d’appui qui s’effondrent, comment faire pour survivre ?
En plus des malheurs collectifs, nos existences sont traversées par des malheurs privés : les ruptures qui bouleversent tout, les trahisons, les mésententes, l’adversité, la maladie, la dégradation des conditions de vie…Même si ces difficultés sont discrètes ou même secrètes, elles peuvent faire qu’un homme ou une femme se sente attiré par le vide, marginalisé, néantisé. Combien de nos contemporains ont ce sentiment de ne pas compter, de n’être plus rien, ni pour les Grands de ce monde, ni pour leur voisinage, ni pour leurs plus proches, ni même à leurs propres yeux ? Oui, il nous arrive de toucher le fond des ténèbres et de la nuit !
Dans ces ténèbres justement une lumière a resplendi. Là où les hommes éprouvent leur dénuement de la façon la plus cruelle, là où il leur semble que rien ne peut être pire, Quelqu’un est venu vivre avec nous et a pris la dernière place la place la plus mauvaise, la plus basse, la plus méprisée. Jésus a pris la dernière place, disait Charles de Foucauld assassiné il y a 100 ans à Tamanrasset dans le désert du Hoggar. Il est né dans le dénuement, il est mort dans le dénuement. Oui, Jésus de Nazareth, né à Bethléem, mort à Jérusalem, est ressuscité et vivant aujourd’hui. Tout au long de l’année, nous allons entendre des gens qui vont nous promettre de garantir notre avenir. Ils sont sans doute sincères, mais nous savons qu’ils ne le peuvent pas. Ce n’est pas qu’ils en soient incapables, mais ce n’est pas leur mission ! C’est une illusion de confondre la gestion du présent avec la promesse de l’avenir. Mais nous avons tellement besoin de nous entendre dire que l’avenir est garanti, que nous finissons par croire à ces illusions.
En ce jour de Noël, soyons bien conscients que la seule garantie d’avenir, c’est Dieu. Et cette espérance est cautionnée par le fait que Lui, qui n’avait besoin de rien, est venu partager notre condition. Nous pouvons être bouleversés, attaqués, dérangés…mais nous ne sommes pas abattus, parce que nous savons en qui nous avons mis notre espérance. Nous ne nous appuyons pas sur la force armée, la puissance économique, l’artifice de la pensée abstraite ou les ressources matérielles, nous nous appuyons sur le Verbe fait chair, Jésus Christ et c’est pourquoi Saint Grégoire de Nazianze nous dit : « Vénérez cette crèche : grâce à elle, toi, privé de sens, tu es nourri par le sens divin, le Verbe divin lui-même ».
« In principio erat Verbum »
Amen